22 août 2011

Le Travail des Femmes

 

Du droit au travail aux droits du travail, une histoire non achevée

Les femmes ont toujours travaillé et ont toujours été nombreuses à le faire. Contrairement aux idées reçues, le travail des femmes n'est pas d'origine récente et son développement n'a pas été linéaire. Son histoire met en évidence l'alternance de périodes favorables, durant lesquelles le statut et les droits des femmes progressent, et de périodes de régression ou sont remis en question non seulement les droits des travailleuses mais aussi leur droit au travail.

Le travail des femmes, un droit fortement contesté.

Si au XIIIème siècle, les femmes peuvent exercer divers métiers (médecins, meunières ..), leur progressive exclusion des métiers prestigieux et rémunérateurs annonce la remise en cause de cette relative liberté. Sous la Renaissance, les hommes prennent la direction des corporations féminines. En 1675, il n'en existe plus que trois: lingères, bouquetières et limières-chanvrières.

Les salaires féminins sont misérables.

Au XVe siècle, ils représentent la moitié du salaire masculin. Cent ans plus tard une journalière gagne les 2/5 de ce que gagne un journalier ! Il existe alors deux salaires, le salaire masculin et le salaire féminin, toujours inférieur au premier.

Au XVIIIe siècle, le travail féminin à l'extérieur du foyer est assimilé à la prostitution. Le travail à domicile est vivement encouragé. L'exploitation est aussi grande qu'à l'extérieur mais la moralité est sauve: la femme reste chez elle.

A la fin du XIXème siècle, le travail des femmes est visible et intégré au développement économique.

En 1906, 44,8 % des femmes sont actives.
La plupart forment une main d'oeuvre très exploitée. Leur situation heurte la conception dominante du rôle social de la femme. Épouse et mère avant tout, c'est sur elle que repose l'équilibre familial. voire celui de la société tout entière. Le travail salarié, par sa dureté et son caractère anti-naturel menace cet équilibre.
Par ailleurs, ouvrières et employées sont des concurrentes pour leurs homologues
masculins. Philanthropes et socialistes souhaitent alors interdire ou limiter le travail des femmes. Sous le couvert d'arguments humanitaires, leur objectif est de dévaloriser le travail féminin pour privilégier l'emploi masculin et favoriser le retour au foyer des femmes.

Des lois pour protéger les femmes ou les écarter du marché du travail ?

Un arsenal de lois, dites sont alors votées au nom de la spécificité biologique et du rôle social des femmes. En 1874, interdiction du travail des femmes dans les mines et les carrières (toujours en vigueur), puis, en 1892, journée de 11 heures et repos hebdomadaire, interdiction du travail de nuit (renforcée en 1911, assouplie en 1992).

Au XXème siècle, le travail des femmes est encore perçu comme un travail d'appoint. Ce n'est pas un droit, tout au plus une concession. Les périodes de crise économique sont celles où l'offensive contre le travail féminin est la plus forte, notamment envers les femmes mariées et les mères de famille. Des exemples en témoignent en 1919, les travailleuses, appelées à faire fonctionner le pays pendant la guerre, sont renvoyées dans leurs foyers avec la consigne de repeupler la France. La crise de 1929 conduit à des mesures autoritaires. En 1931, des concours sont fermés. En 1934, le ministre du Travail s'attaque au travail des femmes mariées tandis qu'aux PTT on projette de licencier les employées de plus de 45 ans. Enfin en 1938, une prime est instituée pour la femme au foyer. La période vichyssoise continue dans cette voie (juillet 1940, licenciement progressif des travailleuses), mais doit faire face aux nécessités du moment: produire pour l'occupant. En mai 1942, toutes les interdictions concernant le travail des femmes mariées sont levées.

Le principe d'égal accès aux emplois dans la fonction publique s'affirme en 1982. Il a fallut attendre 1988 pour que disparaissent toutes les entraves à l'emploi des femmes dans ce secteur.

En fait, les lois discriminatoires, largement détournées, n'ont pas contribué à un retour massif des femmes au foyer. En revanche, elles ont accentué les tendances -déjà fortes- à l'abaissement des salaires féminins et ainsi à l'inégalité des salaires.

Quand on a besoin des femmes leurs droits progressent

Le travail féminin est parfois bienvenu, quand les hommes sont au front ou prisonniers ou quand la France a besoin de se développer (Belle Époque, Années Soixante, en 1962, seulement 33,4%). Les impératifs économiques conduisent à utiliser une main d'oeuvre moins payée et réputée moins organisée pour défendre ses droits. C'est le pari que fait le secteur tertiaire naissant : les services télégraphiques, les PTT, embauchent systématiquement des femmes. Dès 1890, on parle de "féminisation" et le terme a déjà une connotation péjorative. Toutefois, le développement du travail des femmes dans les administrations leur est favorable. L'Etat donne l'exemple en matière de protection de la femme enceinte et accouchée : en 1903, 25 jours payés pour les employées des Postes ; en 1909, congé maternité de 8 semaines ; en 1910, congé maternité de 2 mois avec traitement pour les institutrices. Aujourd'hui, les améliorations sont substantielles : congés obligatoires avant et après les couches, indemnisation du congé maternité (90 % en 1971), interdiction de licencier une femme enceinte, aménagement du temps et de la pénibilité du travail.

En 1965, les femmes mariées sont enfin considérées comme des travailleuses à part entière.

Elles peuvent exercer une profession sans l'autorisation de leur mari, aliéner leurs biens personnels en toute propriété et percevoir l'allocation principale de chômage. Jusqu'alors, elles étaient considérées comme personne à charge du mari ce qui leur ôtait le droit à l'indemnisation. Enfin, cette même année, le travail de l'agricultrice est reconnu. Elle obtient le statut d'exploitante agricole.

Les avancées de la condition des femmes du travail sont le fruit de leur mobilisation.

Depuis 1920, les femmes mariées peuvent adhérer à un syndicat sans le consentement de leur époux. Les travailleuses n'avaient, bien entendu, pas attendu cette autorisation pour se mobiliser pour l'amélioration de leur statut et de celui des hommes. Certaines grèves de femmes, comme celles des sardinières de Douarnenez en 1905 et 1924, sont restées dans les mémoires.

Moins connu, mais beaucoup plus fructueux, fut le travail des féministes de la troisième République. Majoritairement hostile à une législation protectrice, le mouvement pour le droit des femmes revendique une amélioration des conditions de travail pour les deux sexes.
A l'origine de toutes les lois égalitaires, des pétitions et des revendications féministes.
On leur doit les lois de 1907 qui autorisent la femme mariée à disposer librement de son salaire et les femmes commerçantes à siéger au Conseil des Prud'hommes, la loi de 1900 qui oblige les directeurs de magasins à mettre des sièges à la disposition de leurs employé-e-s.
De même, c'est grâce à leur combat que les avocates ont pu plaider (1900), les femmes médecins passer les concours (1882, 1885,1906...) ou les femmes devenir notaires. C'est encore parce qu'un mouvement féministe s'est mobilisé dans les années 1970 que des campagnes sont menées aujourd'hui et des lois votées contre harcèlement sexuel au travail (1992) ou la discrimination sexiste à l'embauche (1975).

La notion de salaire féminin est officiellement supprimée en 1945.

Des lois sont votées proclamant l'égalité de rémunération entre les femmes et les hommes (1972) et l'égalité professionnelle (1983), une circulaire préconise la féminisation des termes de métiers, grades et fonctions (1986) et une politique volontariste est menée pour supprimer les discriminations dont sont encore victimes les femmes au travail. Toutefois, qu'en est-il des progrès réels au regard des exigences d'égalité ?

 

http://www.planning-familial.org/themes/theme14-histoireFemmes/fiche01Precision04.php

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